ŒNOTOURISME A MALTE

Posée en sentinelle au milieu de la Méditerranée, l’île de Malte croule sous les faits historiques, mais avec un millier d’hectares en production, elle ne croule pas sous les vins. Pourtant, tout en offrant une vraie histoire, ce caillou de la grande bleue propose aussi des vins dignes d’intérêt. Ils ne sont pas exportés : les connaitre suppose donc que l’on aille à leur rencontre.

Pointe sud de l’Europe, plus au Sud que Tunis, Malte est historiquement proche de l’Angleterre et de ses racines catholiques. Mais sa position géographique pousse cette toute petite république à la proximité avec les états riverains, en particulier arabes. De cette situation découle aussi sa neutralité, adoptée en 1981, et inscrite dans sa constitution six années plus tard.

Un carrefour de civilisations :
On dit à juste titre que l’héritage de Malte est fait de pierres et de jardins. En fait, peu d’états au monde ont une histoire aussi riche et mouvementée : c’est l’histoire d’un pays en position stratégique en Méditerranée. L’archipel Maltais a connu au fil des siècles, l’occupation de toutes les puissances qui ont contrôlé ou tenté de contrôler la Méditerranée, en particulier, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, les Barbares, les Byzantins, les arabes et les Normands.

Environ 800 ans Avant JC, les Phéniciens s’implantèrent à Malte et très probablement apportèrent la culture de la vigne et du vin : ils partagèrent pacifiquement l’île avec les Grecs qui s’installèrent sur l’emplacement de l’actuelle Mdina. Malte devint ensuite une colonie de Carthage en -480 et passa sous contrôle romain lors des guerres puniques. A la chute de Rome, elle dût subir l’occupation des Vandales (445) et celle des Ostrogoths (447). Passée ensuite sous le contrôle de l’Empire romain d’Orient, elle resta byzantine jusqu’à sa conquête par les Arabes. La vigne qui faisait jusque là partie des cultures méditerranéennes traditionnelles, déclina avec l’occupation musulmane.

Un tournant important est amorcé en 1530 avec l’implantation de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem qui entreprend de fortifier l’île pour défendre la chrétienté face aux Ottomans. Le conflit se termine en 1565, avec le grand siège de Malte qui donne la victoire à l’Ordre, mais au prix de très nombreuses vies maltaises. La vigne prend alors un certain essor sous l’impulsion de l’Ordre de Malte, qui bénéficie des enseignements venus d’Europe.

Mais la domination de l’Ordre de Saint Jean prend fin en 1798 lorsque Napoléon s’empare de l’île. Appelés au secours, les Britanniques, chassent les français, prennent alors le pouvoir mais refusent de rétablir l’Ordre de Malte et imposent définitivement la langue anglaise. Les britanniques n’ont pas favorisé la culture de la vigne, poussant plutôt celle du coton. Toutefois, au début du 20ème siècle, après la crise du phylloxera, Emmanuel Delicata et Marsovin fondèrent et équipèrent leurs caves. Il faut attendre les années 1970 pour que la production de vin se tourne vers la qualité avec notamment l’introduction de cépages français.

Malte ne deviendra indépendante qu’en 1964, tout en souhaitant conserver la reine Elisabeth II à sa tête. Elle se constituera en République en 1974 et adhérera à l’Union européenne en 2004.

Cette incroyable histoire explique la présence sur l’île de lieux de culte, de constructions et de fortifications imposantes, en particulier à La Valette, et permet aussi de mieux comprendre l’enchevêtrement des cultures et l’attachement des Maltais à l’Angleterre.

 

Sur les chemins du vignoble maltais :
L’archipel Maltais est constitué de trois îles : Malte, qui est la plus grande, puis Gozo dont la superficie en représente environ le tiers, et Comino située entre ses deux grandes sœurs et dont la surface est bien plus modeste. La vigne est essentiellement implantée sur l’île de Malte. Atout économique important, le port de Malte (La Valette) est fait de plusieurs bassins : il peut recevoir aussi bien les porte conteneurs que les bateaux de croisière à vocation touristique.

Le premier contact avec Malte se fait en règle générale par une visite ou un séjour dans sa capitale : La Valette. Implantée sur une presqu’île fortifiée, la vieille ville offre nombre de ruelles animées dans lesquelles s’ouvrent des restaurants et bars traditionnels. Les fortifications sont réellement impressionnantes, et se promener sur les remparts, ou à leur pied, sur le front de mer, est un plaisir qu’il ne faut surtout pas bouder.

Mais la vieille ville est aussi l’occasion d’un premier contact avec les vins Maltais. Vous les trouverez facilement, la quasi totalité des restaurants les référencent et depuis quelques années les Maltais en sont fiers : en demander une bouteille est toujours un moment apprécié pour peu qu’un échange s’en suive.

Sur l’archipel, le climat est évidement chaud, parfois très chaud, avec un taux d’humidité assez important près des côtes. Beaucoup de terres sont arides et émaillées de figuiers de barbarie. La vigne est généralement cultivée sous arrosage en goutte à goutte mais l’eau est très précieuse sur ces îles qui ne comptent que très peu de sources.

Les cépages internationaux ont été largement implantés au siècle dernier : cabernet-sauvignon, syrah, merlot, chardonnay, sauvignon sont courants, mais depuis quelques années, les vignerons les plus dynamiques reviennent aux cépages locaux : girgentina et gellewza notamment.

L’organisation d’appellations d’origine a été mise en place à Malte depuis 2007, ce qui incite efficacement les producteurs maltais à revenir aux cépages d’origine maltaise.

Les producteurs les plus importants sur Malte sont au nombre de cinq : Emmanuel Delicata, Marsovin, Meridiana, et dans une moindre mesure : Camilleri Vins et Montekristo. Delicata et Marsovin, basés prèss de Paola, sont les plus anciens (début du 20ème) alors que les trois autres sont plus récents (1990-2000), créés au moment où la viticulture maltaise s’est orientée vers une production de qualité.

Le plus important vignoble en quantité et le plus ancien (fondé en 1907) est Delicata, entreprise familiale sur 5 générations. Il regroupe les récoltes de plusieurs centaines de tout petits domaines familiaux, dont la production est suivie par ses experts.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fondé en 1919, le domaine Marsovin est un acteur viticole important sur l’île, très lié à l’histoire de Malte. La cave est l’une des plus anciennes de l’archipel, datant de plus de 400 ans, donc de la fin l’époque de l’ordre de Saint-Jean. Une visite de cave est proposée, suivie d’une dégustation.

Domaine récent, constitué en 1987, Méridiana est le fruit d’une collaboration entre Mark Miceli-Farrugia négociant en vins, et Roger Aquilina, Oenologue bordelais, convaincu du potentiel du terroir maltais. Ils choisirent ensemble le nom de Méridiana en référence à la situation de Malte à l’extrême sud de l’Europe, et décidèrent de donner à leurs vins un vrai caractère maltais, qui constitue aujourd’hui leur signature. Les cépages internationaux et locaux font bon ménage et un usage modéré du bois vient garantir le fruité des vins.

Karl Chetcuti, gérant de Méridiana croit pleinement à l’avenir du terroir maltais et à la palette des cépages disponibles tant internationaux que locaux, comme le Girgentina (cépage blanc) et le Gellewza (cépage rouge).

Il présente fièrement l’ASTARTE 2014 Blanc, 100% vermentino, très aromatique, aux notes de fruits exotiques. Ce blanc minéral d’une très bonne acidité est recommandé sur les huitres et les fruits de mer, pour un niveau de prix autour de 10€ TTC départ cave.

Accoudés au bar du caveau, on s’attarde aussi sur le FENICI Rouge 2011 : un Syrah Merlot 50/50, un nez fruité, une pointe de réglisse en bouche. Un vin agréable, à la structure relativement légère, mais soutenue par 4 mois de barriques. Prix : 8 à 9 € TTC départ cave.

 

Escapade pratique :
La gastronomie sous tend la vie à Malte : comme souvent, elle conforte la cohésion sociale, même si elle reste avant tout un plaisir gustatif. Plusieurs festivals et autres rendez-vous gastronomiques lui sont dédiés tout au long de l’année.

L’Imnarja – la fête de saint Pierre et saint Paul – est une des célébrations préférées des Maltais. À cette occasion, Buskett – le plus grand parc forestier de l’île – se transforme en marché artisanal où on peut acheter et déguster des spécialités en tous genres.

Le Festival du chocolat à Hamrun : un jeune festival qui remporte de plus en plus succès. De spectaculaires sculptures en chocolat taillées à la main, un concours de confection de gâteaux au chocolat et une dégustation de chocolats aux arômes divers et variés sont parmi les attractions.

Birgufest : Pendant deux nuits, cette petite ville médiévale éteint la quasi totalité de ses lumières et les remplace par des bougies. Les musées et autres lieux publics restent ouverts jusque tard dans la nuit. Sur la place : musique et spécialités locales traditionnelles (cochon à la broche, tripes, timpana…).

Festival du pain à Qormi : Pendant quelques jours, vous pourrez observer les artisans boulangers cuire leur pain dans les vieux fours à bois traditionnels et vous pourrez bien sûr y goûter pendant qu’il est encore chaud.

Le Festival de la bière Farsons : Organisé chaque année par la plus grande brasserie maltaise  Simonds Farsons Cisk plc vous y trouverez une grande variété de produits artisanaux ainsi que des stands de nourriture du monde entier.

Sans oublier les festivals du vin organisés par deux producteurs : « Marsovin Summer Wine festival » et « Delicata classic wine festival ».

 

Manger :
La cuisine Maltaise est au carrefour des cuisines méditerranéennes et italiennes. Pour accompagner l’apéritif ou les dégustations de vins, on notera les entrées comme le Bigilla, qui est une terrine de fèves, ou les pastizzi, petits triangles de pâtée feuilletée garnis de ricotta, ou encore de purée de petits pois. La cuisine Maltaise et les restaurants sur ce thème proposent également des soupes, les aubergines farcies et bien entendu des poissons comme le Lampuki, (daurade). Les plats de viande sont en général à base d’agneau ou de lapin.

 

Dormir :
Se loger à Malte ne pose pas de problème majeur dans la mesure ou il existe des hôtels pour toutes les bourses, depuis l’Osborne Hotel ou le Phoenicia à La Valette jusqu’au Boho Hostel à Saint Julian’s ou encore Duncan Guesthouse à Marsaxlokk.

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